les unités US en 14-18

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les unités US en 14-18

Message par Admin le Ven 21 Déc - 21:48

Bonjour,

je cherche des infos, documents, renseignements et autres sur les unités américaines qui ont stationnées en 1917-18 en Cote d'Or et en Haute-marne...

merci d'avance
patrice
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Re: les unités US en 14-18

Message par Saint Michel le Dim 13 Jan - 11:34

L’ARMÉE AMÉRICAINE EN HAUTE-MARNE (1917-1921)

Colonel (ret.) Henry DUTAILLY

Pourquoi les Américains sont-ils venus si nombreux en Haute-Marne entre 1917 et 1921 ? Le général Pershing, si l’on en croit ses mémoires, a choisi la région au sud-est de Paris pour former l’armée américaine en France. Ce choix lui était-il aussi délibéré qu’il le laisse entendre ? Cela demande à être vérifié, car ses divisions devaient s’intercaler dans le dispositif franco-anglais. D’où une première question : pourquoi la Haute-Marne ?
Une fois sur place, les divisions américaines se sont instruites et ont vécu au milieu de la population locale. S’il est relativement facile de connaître l’aspect militaro-administratif de la question, il est plus difficile d’être informé sur les rapports entre les civils français et les militaires américains, car les témoignages manquent. D’où deux questions : comment s’est faite cette installation ? Quels ont été les rapports entre les Américains et les Haut-Marnais ?
Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de regretter que personne, pas même l’auteur de ces lignes, n’ait pensé à recueillir le témoignage des hommes et des femmes qui ont vécu le temps des Américains. Quatre-vingt ans après, il est trop tard.

I. Pourquoi la Haute-Marne ?

L’armée américaine, qui avait commencé à débarquer en France en juin 1917, compte à la veille de l’Armistice 1 906 000 hommes en France (1). Elle n’a pu se rassembler et s’instruire uniquement sur le territoire de la Haute-Marne. Elle s’est implantée sur une partie plus ou moins grande des départements suivants de l’Est de la France : Aube, Côte-d’Or, Haute-Marne, Meuse, Haute-Saône et Vosges.

Chaumont est située au centre de cette zone. C’est donc naturellement que le général Pershing a choisi d’y installer le commandement de son armée, c’est-à-dire deux éléments proches mais distincts, le grand quartier général et l’état-major de l’armée. Le premier s’est établi d’abord à la Gloriette, puis, sans doute pour des raisons de discrétion, hors de la ville au château du Val-desEcoliers. Le second a disposé du quartier Damrémont.
La conjonction de trois contraintes a amené le général Pershing en Haute-Marne.
La première est stratégique.
Dès l’automne de 1917, le général Pétain, commandant en chef des armées françaises, voulait engager l’armée américaine en Lorraine (2). La zone centrée sur la Haute-Marne se trouve immédiatement en arrière du front sur lequel l’armée américaine devait être engagée. De plus, et c’est là une des conséquences de la préparation de la concentration des armées avant 1914, cette zone est particulièrement bien pourvue en routes et en voies ferrées susceptibles d’approvisionner un front allant de Verdun à Lunéville.
La deuxième contrainte, c’est l’instruction de l’armée américaine, qu’on veut la plus proche possible de la zone d’engagement prévue. Or, une grande partie de la Haute-Marne est couverte de terres pauvres, pouvant offrir des terrains d’exercice au moindre coût. Une liste de dix camps d’instruction possibles (3) en situe cinq en Haute-Marne (Bourmont, Saint-Blin, Andelot, Bologne et Joinville). A ce sujet, il n’est pas inutile de rappeler que le terrain de La Vendue était une lande à moutons lorsque la ville de Chaumont le racheta pour en faire le terrain d’exercice de la garnison.
La troisième contrainte est logistique. Une armée de plus d’un million d’hommes ne peut vivre entièrement sur un pays qui entretient déjà sur pied de guerre une armée de quatre millions d’hommes. Le ravitaillement, les chevaux et une partie du matériel doivent venir des Etats-Unis. D’où un problème de ports.
Ces ports ne peuvent être ceux de la Manche qui sont saturés par le soutien de l’armée britannique. De plus, il faut, autant que possible, que les voies menant aux ports soient hors de portée des sous-marins allemands. Saint-Nazaire, l’ensemble portuaire de la Gironde et à un moindre degré, Brest, s’imposent donc comme bases portuaires des Américains.
À partir de ces ports, on ne saurait faire converger les renforts et les ravitaillements vers la Normandie où les Britanniques sont déjà très présents. Pour d’autres raisons, la région parisienne est exclue. Il ne reste donc d’autre région que le Sud-Est de Paris, c’est-à-dire la région centrée sur la Haute-Marne.
Les trains américains convergent sur Dijon, puis la ligne Dijon-Chaumont leur est réservée. La gare d’Is-sur-Tille, située à la limite des réseaux de l’Est et du PLM, devient la gare de l’armée américaine. Il s’y ajoute un triage secondaire aménagé à Hûmes.

II. Les forces américaines en Haute-Marne

Les unités américaines, qui arrivaient en France, n’avaient reçu qu’une instruction sommaire. Sans formation complémentaire, elles étaient inaptes au combat. D’où une première nécessité : disposer des moyens pour mener une instruction individuelle et collective.
Le général Pershing a rassemblé autour de Chaumont un groupe impressionnant d’écoles, dont l’existence est connue aussi bien par les dossiers conservés aux Archives départementales de la Haute-Marne (R 723, entre autres) que par divers témoignages directs ou indirects. Ce sont :
- l’école d’état-major à Langres,
- l’école des interprètes à Biesles,
- l’école du génie au fort de Saint-Menge,
- l’école des ponts à Bannes, en bordure du lac,
- l’école de la guerre chimique aux Rieppes et à la Peine (communes de Choignes et de Chaumont),
- l’école des chars à Bourg.
À l’exception des deux premières, ces écoles sont toutes installées hors agglomération, ce qui est normal puisqu’elles doivent disposer d’un terrain de manœuvre. On ignore pourquoi Saint-Menge a été préféré à Dampierre ou au Cognelot, forts qui, comme lui, disposaient d’un périmètre fortifié autour du fort proprement dit.
Ces troupes doivent être soutenues. Outre les hôpitaux à Chaumont et à Langres, on connaît trois grandes installations logistiques américaines en Haute-Marne. Ce sont :
- le magasin des Franchises et le parc à fourrages de Langres,
- le dépôt de Jonchery, qui couvrait plus de cent hectares et était relié à la voie ferrée,
- le dépôt de munitions du Corgebin.
Ces deux derniers, aménagés par les Américains, ont disparu.
À cela, il faut ajouter une unité de bucheronnage et de sciage à Eclaron.
Le soutien des corps de troupe ne se limite pas à ces deux dépôts. Les plans de l’époque prouvent la présence à Chaumont et à Langres de foyers de l’Y.M.C.A. (Young Men’s Christian Association) qui peuvent s’apparenter aux foyers catholiques organisés par les paroisses dans les villes de garnison.
Deux services étaient regardés avec curiosité par les Français. C’était d’abord le service électrique, qui mettait en œuvre des groupes électrogènes pour éclairer les casernes et les baraquements. Car, en 1914, toutes les casernes françaises n’étaient pas équipées d’électricité.
C’était ensuite les stations de pompage de campagne mobiles ; elles posaient à même le sol des canalisations légères qui alimentaient des zones sans eau et sans puits, telles que le plateau des Rieppes et de la Peine à Chaumont-Choignes (témoignage oral du propriétaire de la ferme des Rieppes).
Les Français découvraient ainsi que l’électricité et l’eau courante dans les casernements étaient d’usage commun pour les Américains.
Les états-majors et les troupes étaient logés dans des bâtiments existants loués à l’Etat, aux communes ou à des particuliers.
Les troupes étaient dispersées dans une multitude de villages.
L’inventaire qu’on peut en dresser, à partir des Archives départementales et du S.H.AT., est probablement incomplet.
À l’origine, elles étaient logées chez l’habitant, dans des chambres pour les officiers, dans des granges ou des greniers (4). Par la suite, leur nombre imposa la construction de baraques pouvant abriter cent soldats. Aucun document conservé ne peut donner le nombre total des baraques édifiées. On sait seulement, par un état conservé aux Archives départementales, qu’il y en avait 69 à Chaumont, et une carte postale permet de dénombrer celles qui formaient le camp de Bourmont. Au départ des Américains, elles ont été vendues. Aucune ne subsiste aujourd’hui.

III. Rapports avec la population

Commencée modestement, la présence américaine en Haute-Marne atteint des nombres très élevés. Aucun état ne permet de préciser l’effectif américain vivant à une date donnée. Mais, à partir d’estimations fondées sur les unités dont la présence est assurée, il est possible d’estimer que cent à deux cent mille Américains vécurent simultanément en Haute-Marne en avril 1918.
La présence d’une telle masse d’hommes de culture, de langue et de religion différentes de la culture, de la langue et de la religion des Haut-Marnais, aurait pu engendrer la xénophobie. Il n’en fut rien. Il y a trois raisons à cela.
Les Français étaient conscients que les Américains venaient les aider à vaincre l’Allemagne. De ce fait, par anticipation, ils avaient droit à leur reconnaissance. Les quelques témoignages qui ont pu être recueilli en 1997 concordent tous : quand les Sammies ont quitté les villages pour monter au front, ils ont été entourés de la sympathie générale et les communiqués relatifs à la bataille de Saint-Mihiel furent lus à Bourdons et à Blumerey avec autant d’attention et d’émotion que ceux qui parlaient des combats de l’armée française.
Ce sentiment de reconnaissance était accru par la gentillesse naturelle des Américains. Les témoignages recueillis par les élèves de Bourdons-sur-Rognon qui ont été publiés dans leur journal scolaire et dans la Haute-Marne libérée en témoignent : bonbons et chocolats donnés aux enfants, réceptions organisées par les officiers (qui étaient parfois fort arrosées, selon le témoignage de Mlle de la Ville-Baugé), services rendus aux uns et aux autres. Tout cela contribuait à en faire des amis... même s’il était difficile de communiquer, les uns ne parlant pas français et les autres ignorant l’anglais.
Enfin, les ruraux, qui ont la réputation d’être « prêts de leurs sous », appréciaient un service du contentieux qui payait sans lésiner, même s’il trouvait que les Français exagéraient (articles de Bourdons-sur-Rognon).
Cette fraternisation entraîna tout naturellement des mariages. Ici, le mari américain resta en France ; là, l’épouse française suivit son mari aux Etats-Unis.
Cette sympathie était partagée. À la Libération, le général Patton voulut revoir Chaumont et Bourg qu’il avait connues en 1918 et il regretta que rien n’ait changé entre les deux guerres (5).

La conclusion de cet article, destiné à rappeler la présence américaine en Haute-Marne lors de la Première Guerre mondiale, ne sera pas historique.
Des monuments et des plaques rappellent cette présence à Chaumont, à Bourmont et à Bourg. Qui les regarde ? Parmi les jeunes, en dehors de ceux qui ont eu à préparer une exposition ou à rédiger un journal scolaire sur la Grande Guerre, qui connaît cette présence ?
Et de l’autre côté de l’Atlantique, se souvient-on mieux de la participation d’une armée de deux millions d’hommes à la Première Guerre mondiale ? Probablement non. Plusieurs quinquagénaires américains qui étaient des cadres supérieurs ne savaient pas qui était le général Pershing... Leurs enfants connaissent-ils Eisenhower ?

__________

(1) Service historique de l’armée de terre (S.H.A.T.), 17 N 25, pièces 17, 18 et 19.
(2) Guy PÉDRONCINI, « La stratégie du général Pétain et les Américains », Les Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale, Paris, Economica, 1992, pp. 37-46.
(3) S.H.A.T., 17 N 159, lettre du 5 septembre 1917.
(4) « 1378 soldats US à Bourdons », Haute-Marne libérée, 4 septembre 1987.
(5) PATTON, Carnets secrets, Paris, Plon, 1975, pp. 355-356.
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Saint Michel
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